Historique de la Guilde des Mégas
Il y a dix-neuf mille ans, sur la planète
Norjane de l’
univers QF1-0001, une petite frappe sympathique nommée Sounk-Iga-Shmoo (un Talsanit) découvre un peu par hasard qu’il peut projeter son esprit dans le corps d’une autre créature vivante, pendant que son propre corps est plongé dans une forme de catalepsie inoffensive : cela fait de lui le premier des futurs Megas, maîtrisant le talent du
Transfert. Se croyant d’abord unique, il s’en amuse beaucoup, aux dépens des gens qu’il croise et au profit de son porte-monnaie. Puis il découvre d’autres individus, hommes ou femmes, possédant le même don et fonde avec eux une petite guilde d’escrocs, pas méchants, pas foncièrement altruistes non plus. Mais enfin… vous savez ce qu’on dit : «
De grands pouvoirs donnent de grandes responsabilités © ». Rapidement, le sens moral de tout ce petit monde finit par infléchir l’idéologie de la guilde, pour la positionner quelque part entre la redistribution de richesses à la
Robin des Bois et l’ingérence humanitaire façon
French doctors. Avec toutes les ambiguïtés qui accompagnent inévitablement ces formes d’interventionnisme à la marge.
Deux générations plus tard, peu de temps avant un accident mystérieux qui aboutit à la destruction du siège de cette première guilde sur As-Schufoor, l’un des deux continents de
Norjane, ceux qui se font alors appeler les Megas, acronyme de « Maraudeurs Emérites de la Guilde d’As-schufoor », découvrent une sorte d’application dérivée du pouvoir de
Transfert : le
Transit. Il s’agit de la capacité de se « transférer » psychiquement mais aussi physiquement dans des structures en forme de tétraèdre (polygone à quatre faces triangulaires) pour se rematérialiser auprès d’une autre,
où qu’elle se trouve.
Après quelques Transits effectués au petit bonheur la chance, par le biais de structures tétraédriques « naturelles » situées ici et là dans le continuum espace-temps, les Megas réalisent qu’il existe des
univers parallèles en très grande quantité, tantôt familiers, tantôt inhospitaliers, et que le
Transit leur permet de passer facilement de l’un à l’autre. Il suffit de bâtir des « points de
Transit », c'est-à-dire des tétraèdres solides et bien cachés dont on conserve les coordonnées ou
empreintes psychiques. Par la suite, sillonnant le cosmos, les Megas accomplissent d’énormes progrès dans la compréhension de la structure du « continuum » et de ses zones interstitielles, « l’intercontinuum ».
Les millénaires défilent, et nous voilà aujourd'hui avec des Megas dont l’origine se perd dans la nuit des temps et qui, depuis leur nouveau sanctuaire bâti sur Ohr Tinpam, l’autre continent de
Norjane, alimentent les rumeurs les plus contradictoires au sein de l’
Assemblée Galactique et du reste des
univers… Du moins, quand leur existence est connue (on parle parfois de ces étranges « messagers galactiques »), ou n’est pas confondue avec une organisation occulte locale. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Dans quel état gèrent-ils ? La réponse à ces questions n’est pas simple mais on n’aurait pas tort de les définir comme des « médecins du continuum », moralement indépendants mais parfois associés à d’autres instances de pouvoir (notamment l’
Assemblée Galactique et ses déclinaisons parallèles quand elles existent), corrigeant ici les effets potentiellement destructeurs de brèches entre
univers parallèles, régulant par là des déséquilibres cosmiques, enrayant ailleurs le mécanisme infernal de guerres éternelles ou les agissements pervers de pouvoirs nébuleux et mesquins.
Ils ne sauvent pas des
univers entiers tous les deux matins, parfois il s’agit simplement de retrouver une bergère égarée ou de calmer les ardeurs d’un Prince capricieux. Mais globalement, si quelques milliards de milliards d’individus ont le plaisir d’ouvrir les yeux chaque matin en se disant: «
Hum, encore une belle journée sans génocide supplémentaire et sans convulsion quantique susceptible d’engloutir la totalité de mon système solaire dans le néant à cause d’une bête interpénétration d’univers », eh bien disons que les Megas n’y sont pas pour rien.